En 2023, l’Organisation mondiale de la santé a pris une décision inhabituelle. Elle a lancé une commission internationale dédiée à un problème de santé publique qu’on n’associe pas spontanément à la médecine : la solitude. Selon l’OMS, l’isolement social affecte environ un quart de la population mondiale et constitue « une menace pour la santé aussi grave que le tabagisme ou l’obésité » [1].
Ce n’est pas une métaphore. Ce sont des données biologiques. Et en France, les chiffres récents donnent à réfléchir.
Ce que dit la France en 2024
La Fondation de France publie chaque année depuis 2010 une étude nationale sur les solitudes. L’édition 2024, réalisée en partenariat avec le Cerlis et le Crédoc, est claire : 12 % des Français de plus de 15 ans se trouvent en situation d’isolement relationnel, ce qui signifie qu’ils n’ont aucun réseau de sociabilité. 24 % de la population se sent régulièrement seule [2].
Et un chiffre surprend particulièrement : ce sont les jeunes actifs de 25 à 39 ans qui souffrent le plus du sentiment de solitude. Plus d’un sur trois se sent particulièrement seul, soit deux fois plus que les 60-69 ans [2]. La solitude n’est pas un problème de vieillesse. C’est un problème de société, qui frappe à des âges où on ne l’attend pas.
Ce que l’isolement fait vraiment au corps
En 2024, 12 % des Français se trouvent en situation d’isolement relationnel. 24 % se sentent régulièrement seuls — et le chiffre atteint 1 sur 3 chez les 25-39 ans.
Fondation de France, Étude Solitudes 2024 [2]
La recherche médicale est maintenant très claire sur ce point. Les personnes chroniquement isolées présentent des niveaux d’inflammation plus élevés, un risque cardiovasculaire accru, et un système immunitaire moins efficace [1]. Une méta-analyse de la chercheuse Julianne Holt-Lunstad (Université Brigham Young) a établi que la solitude augmente le risque de mortalité prématurée de 26 %, à un niveau comparable aux effets du tabagisme [3].
Ces chiffres paraissent contre-intuitifs. Et pourtant : l’être humain est une espèce sociale au sens biologique du terme. Le lien social n’est pas un luxe ou un confort. C’est un besoin primaire, au même titre que manger ou dormir.
Le covid a aggravé la situation, mais les choses évoluent
La crise sanitaire a servi de révélateur brutal. Les initiatives citoyennes qui ont émergé pendant les confinements, les réseaux d’entraide de voisinage, les appels téléphoniques organisés aux personnes âgées : elles ont mis en lumière à quel point le lien humain est essentiel, et à quel point son absence était déjà là avant la pandémie.
Depuis, la prise de conscience a progressé. En 2024, l’étude Fondation de France note que « la parole est plus libérée sur les réseaux sociaux » et que « la santé mentale est démystifiée » [2]. Les jeunes notamment assument de plus en plus de se sentir seuls, ce qui est un premier pas vers le fait de ne plus l’être.
La différence entre être seul.e et être isolé.e
Il faut distinguer deux réalités. La solitude choisie, le temps passé avec soi-même, la capacité à être bien seul.e, est une ressource psychologique précieuse. L’isolement subi, l’absence de lien, l’impression de ne compter pour personne, c’est tout autre chose.
- Se sentir seul.e de temps en temps : normal, humain, nécessaire
- Choisir d’être seul.e pendant une période : sain, tant que c’est un choix
- Ne plus avoir de personnes à qui parler régulièrement : signal d’alarme
- Se sentir invisible pour les autres : un problème de santé à prendre au sérieux
Ce que cette distinction dit du célibat, c’est que être célibataire et épanoui.e est tout à fait possible. Ce que cette distinction dit de la rencontre, c’est qu’elle n’est pas une urgence émotionnelle. C’est une invitation à créer du lien, parce que le lien est ce dont nous avons besoin pour vivre vraiment.
Sources :
[1] OMS (2023). Commission on Social Connection. https://www.who.int/groups/commission-on-social-connection
[2] Fondation de France (2025). « Étude Solitudes 2024. » https://www.fondationdefrance.org/fr/cat-personnes-vulnerables/etude-solitudes-2025 + https://www.nosliens.fr/post/publication-du-rapport-solitudes-2024-par-la-fondation-de-france
[3] Holt-Lunstad, J. et al. (2015). « Loneliness and Social Isolation as Risk Factors for Mortality. » Perspectives on Psychological Science, 10(2). https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1745691614568352
