Pendant longtemps, le body count (le nombre de partenaires sexuels) a été présenté comme une question de mœurs. Trop élevé, pas assez, acceptable ou non : ce chiffre a souvent servi de raccourci pour juger une personne, et ô surprise, beaucoup plus souvent les femmes que les hommes.
Mais une étude récente menée par Lovehoney*, marque britannique spécialisée dans le bien-être sexuel, vient bousculer cette lecture simpliste.
Et si le body count n’était pas tant une question de morale… que de sécurité émotionnelle ?
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Inscrivez-vousCe que disent les chiffres
Selon cette étude*, la majorité des personnes interrogées (tous genres et orientations confondus) estiment qu’un “body count idéal” se situerait entre trois et cinq partenaires.
Un consensus plus net que sur pas mal d’autres sujets, d’ailleurs.
Autre donnée intéressante :
- 27 % des femmes déclarent que le body count de leur partenaire est important dans une relation,
- contre 22 % des hommes.
Contrairement aux clichés habituels, ce sont donc légèrement plus les femmes que les hommes qui disent y accorder de l’importance.
À première vue, cela pourrait ressembler à un retour du jugement ou à une forme de pruderie.
En réalité, la lecture est bien plus nuancée.
Pourquoi les femmes disent plus souvent que “ça compte”
Selon la sexologue Annabelle Knight, interrogée dans le cadre de l’étude, cette différence ne traduit pas un attachement moral au chiffre, mais plutôt un héritage culturel.
« Le fait qu’un pourcentage légèrement plus élevé de femmes affirment encore que le nombre de partenaires sexuels compte pourrait être lié à des conditionnements culturels, voire à des expériences passées qui façonnent les limites personnelles. Et c’est tout à fait normal ; chacun a le droit d’avoir sa propre zone de confort. »
Annabelle Knight, experte en sexualité et relations
Les femmes ont grandi avec l’idée qu’elles devaient :
- anticiper le regard de l’autre
- gérer les conséquences émotionnelles du sexe
- se protéger, physiquement et psychologiquement
Bref, penser à tout. Tout le temps.
Dire que le body count “compte” n’est donc pas forcément une manière de juger.
C’est souvent une façon de poser des limites, de se rassurer ou de comprendre le rapport de l’autre à l’intimité.
Autrement dit : ce n’est pas le nombre qui inquiète. C’est ce qu’on imagine qu’il raconte… Et notre imagination adore extrapoler !
Le body count comme raccourci émotionnel
Dans un monde où le dating peut sembler rapide, comparatif et parfois brutal, ce chiffre devient un raccourci.
Un moyen (imparfait) de répondre à des questions beaucoup plus profondes :
- Est-ce que cette personne sait s’engager ?
- Est-ce qu’elle est respectueuse ?
- Est-ce qu’on est sur la même longueur d’onde ?
Le problème, c’est que le body count ne répond à aucune de ces questions.
Il ne dit rien de la qualité des relations passées, de la maturité émotionnelle ou de la capacité à créer du lien aujourd’hui.
Mais face à l’incertitude, beaucoup s’accrochent à ce qu’ils.elles peuvent mesurer.
Générations : quand l’âge change le regard
L’étude révèle aussi un fossé générationnel intéressant.
- Gen Z : préfère un historique de un à deux partenaires
- Millennials : à l’aise avec trois à cinq partenaires
- Gen X et Boomers : beaucoup moins préoccupés, acceptant cinq à dix partenaires
Pourquoi cette différence ?
Parce que les plus jeunes générations évoluent dans un environnement ultra-numérisé, où tout se compare, s’expose et se quantifie. Même l’intimité.
« Les jeunes générations, comme la génération Z, grandissent à l’ère du numérique, où les comparaisons sont constantes et les relations amoureuses peuvent paraître purement transactionnelles. Cela pourrait engendrer davantage d’anxiété liée à la sexualité et une plus grande importance accordée aux chiffres plutôt qu’à une véritable connexion »
Annabelle Knight, experte en sexualité et relations
À l’inverse, les générations plus âgées ont souvent vécu :
- des relations longues
- des séparations
- des reconstructions
Avec le temps, le chiffre perd de son importance. Ce qui reste, c’est la qualité de la connexion présente.
Moins de jugement, plus de clarté
Un point positif ressort néanmoins de l’étude : de plus en plus de personnes disent se détacher du jugement pur et s’intéresser davantage à ce qui se joue ici et maintenant dans la relation.
Le body count devient moins un critère éliminatoire qu’un sujet de discussion. Un point de départ, pas une condamnation silencieuse.
Et c’est là que la question change de nature.
Ce que cette étude dit vraiment de l’amour aujourd’hui
Si le body count continue de susciter autant de débats, ce n’est pas parce que nous sommes obsédé.es par le passé sexuel des autres. C’est parce que nous cherchons à nous sentir en sécurité dans un contexte amoureux parfois anxiogène.
Le chiffre rassure… temporairement. Mais ce qui fait réellement la différence, c’est finalement :
- la communication
- le respect
- l’alignement émotionnel
- la façon dont on se choisit aujourd’hui
En clair : le body count parle moins de sexe que de peur de mal aimer (plutôt rassurant finalement).
Et peut-être que la vraie question à se poser n’est pas combien… mais comment.
* Lovehoney, “Does body count matter in dating?”, mai 2025 –
https://www.lovehoney.co.uk/trends-insights/does-body-count-matter-in-dating.html
